La Justice Epicée
Rassurez-vous il n’est pas dans mon intention de vous proposer une recette de cuisine ; si j’étais auparavant Maître, je n’ai jamais été maître queux.
Plus sérieusement épices vient de species, espèces en latin, qui a donné l’expression « payer en espèces » et, par extension, payer en nature. Quant aux épices des Juges, ainsi désignées parce que sous l’Ancien Régime celui qui voulait gagner son procès faisait, pour le remercier, présent au Juge ou au Rapporteur de quelques dragées ou confitures et ceci avant ou après le jugement.
Plus tard ces épices furent converties en argent ; laissées d’abord à l’appréciation du donneur, elles devinrent ensuite des taxes obligatoires payables pour chaque pièce de procédure dans les affaires instruites par écrit. Cette rémunération se faisait entre les mains du Greffier qui la répartissait entre le Magistrat rapporteur et ses collègues chargés de statuer sur l’affaire.
Certains magistrats trop gourmands se montraient même « grands épiciers » si bien que ces frais furent interdits dès 1789 en même temps que la fin des privilèges lors de la nuit du 4 août.
Dans Les Plaideurs, Racine fait parler l’un d’eux ainsi : « Il me redemandait sans cesse ses épices…J’ai tout bonnement couru dans les offices chercher la boite aux poivres ». Cependant ces plaideurs n’ont guère gagné à ce que les frais de justice fussent désormais fixés directement par l’Etat. La facture judiciaire restera, en tout état de cause, salée pour le commun des mortels.

